« J’ai toujours adoré apprendre mais je n’ai pas toujours aimé la façon dont on m’enseignait les choses », confie Sylvain Tillon.
Une phrase qui résonne comme un manifeste pour celui qui, de livreur de pizzas à 16 ans, est devenu co-fondateur du Bahut, l’école qui forme aux métiers émergents.
Sommaire
De l’échec à la réinvention : un parcours d’apprentissage
Tout commence à EMLYON, où il lance sa première entreprise à 21 ans. Le projet ? Des bijoux pour cheveux. Une idée surprenante pour quelqu’un qui avoue en riant :
« Je ne vois pas les couleurs, je ne vais pas chez le coiffeur, je ne connais pas du tout la mode… mais je me suis éclaté à foncer tête baissée dans ce domaine ».
L’entreprise atteint les 500 000 euros de chiffre d’affaires en 2008. Puis vient la crise des subprimes. Le carnet de commandes est divisé par trois. Le salon mondial de la beauté (MCB), qui représente 30% du chiffre annuel, est annulé. C’est la liquidation.
« À l’époque, on était côté 040 à la Banque de France », se souvient-il. Une période difficile, marquée par une rupture amoureuse et une perte de repères.
Je n’étais plus le mec drôle, fun, entrepreneur, avec des rêves complètement fous. J’étais le pauvre type qui se levait le matin à 10h en pyjama et qui ne savait pas quoi faire de sa journée ».
En 2008, encore étudiant, il cofonde Sydo, un cabinet de conseil en pédagogie. L’objectif est d’aider les entreprises à mieux former leurs équipes en rendant l’apprentissage plus ludique et efficace.
« On a commencé en mode bricolage. On faisait tout nous-mêmes, de la rédaction des contenus aux animations vidéo. »
Très vite, Sydo se développe.
Il écrit des livres, des bandes dessinées et réalise les vidéos Dessine-moi l’éco, qui expliquent simplement des concepts économiques complexes. Aujourd’hui, l’entreprise compte une vingtaine de salariés et s’est imposée comme une référence en ingénierie pédagogique.
Mais l’envie de nouveaux défis le rattrape. Il crée Tilkee, un logiciel pour les commerciaux, et se lance dans une aventure mêlant investisseurs, international et développement tech. Une trajectoire fulgurante… jusqu’à l’accident de parcours.
« Je me suis fait virer comme une merde par mes investisseurs avant la fin. »
Retour à la case départ. Ou plutôt, retour aux fondamentaux : la pédagogie, sa passion.
La pédagogie, une vocation
Sylvain a déjà été enseignant vacataire à EMLYON, HEC et Grenoble École de Management. La transmission de savoir, ça le connait.
Mais ce qu’il voulait, c’était de développer sa propre approche pédagogique.
S’il croit en celle-ci, c’est surtout grâce à quelqu’un qui l’a profondément marqué…
Un mentor discret, mais inoubliable : Régis Gouget, son ancien professeur d’entrepreneuriat à EMLYON.
Un enseignant hors norme, qui n’a jamais créé d’entreprise mais qui savait mieux que personne raconter des histoires. Toujours une anecdote en tête, une bienveillance sans faille, et une vision différente : loin du culte de la croissance à tout prix, il prônait avant tout l’accomplissement personnel.
Avec lui, pas de raccourcis : il faisait confiance, mais laissait aussi ses étudiants se tromper, convaincu que l’apprentissage passe par l’expérience, pas par les concours ou les prix.
« Ce mec-là, il ne se rend pas compte de l’impact qu’il a eu sur tous les étudiants qu’il a accompagnés. »
C’est aussi grâce à cette approche que Sylvain a construit sa propre manière d’enseigner.
« J’apprends aussi beaucoup en faisant des erreurs, et j’ai envie de partager ça, de transmettre cette façon d’apprendre en permettant aux gens de faire des erreurs dans un cadre bienveillant ».
Le Bahut : l’école des nouveaux métiers
C’est ainsi que naît Le Bahut, l’école qu’il aurait aimé avoir.
“C’est une école un peu bizarre, parce qu’il n’y a pas de diplôme à la fin, mais il y a un boulot. Maintenant cette école a grandi, puisqu’il y a de plus en plus de besoins, plein de nouveaux métiers. On l’appelle d’ailleurs l’école des nouveaux métiers.”
Aujourd’hui, l’école s’est diversifiée, formant notamment des chefs de projet IA et des intégrateurs IA. Les success stories se multiplient :
- Un ancien de la première promo travaille chez Carbone 4, créant des outils pédagogiques sur le changement climatique
- Une autre diplômée développe des projets en réalité virtuelle pour La Banque Postale
- Un ancien footballeur professionnel, novice en informatique, est devenu expert en IA dans une agence de premier plan…
Les exemples de réussite pullulent, renforçant chaque jour la conviction de Sylvain qu’il suit la bonne direction.
L’IA et l’avenir de l’éducation
Cette approche innovante s’accompagne d’une vision nuancée de l’IA dans l’éducation.
Je ne suis vraiment pas convaincu par les résultats de l’IA ‘from scratch’, je trouve ça nul, chiant, vide ».
L’IA ne peut pas remplacer un cerveau.
En revanche, elle peut être un vrai game changer dans la manière d’apprendre les choses. Transformer des chapitres en podcast, en chanson, en BD, en Quizz…
Voici les outils IA que Sylvain aime recommander en premier lieu :
- Gamma pour les présentations
- NoteBookLM pour faire des audios à la volée
- Suno pour créer des chansons
- QuizWizard pour les quiz
- Dashtoon pour la bande dessinée
- Claude pour la rédaction, la transcription, la traduction le code… Tout ou presque !
Alors l’IA, c’est oui, mais utilisée à bon escient.
“Si tu veux une vraie belle traduction, passe par un traducteur, si tu veux un vrai beau doublage passe par un doubleur. Par contre si tu as trois étudiants anglophones dans ta classe et que toi tu fais des vidéos en anglais qui sont pourries, HeyGen est incroyable.”
Une vision pour le futur
Pour Sylvain, l’enjeu est clair :
« Il y a plein de nouveaux métiers qui vont apparaître et d’autres qui vont soit disparaître, soit se complexifier. Il va falloir apprendre à se former toute la vie et être capable de se reconvertir ».
Cette vision se double d’une conscience sociale aigüe. Il s’inquiète des « fractures Nord-Sud, entre ceux qui maîtrisent et ceux qui ne maîtrisent pas » les nouvelles technologies.
Une préoccupation qui renforce sa conviction : l’éducation doit être repensée pour être plus accessible, plus pratique et plus adaptée aux réalités du terrain.
Cette approche, forgée par des années d’entrepreneuriat et d’enseignement, fait aujourd’hui du Bahut une école unique en son genre. Une école qui, comme son fondateur, encourage l’apprentissage par l’expérience et l’erreur, préparant ainsi la nouvelle génération aux défis de demain.
Parallèlement à ses activités d’entrepreneur-pédagogue, Sylvain s’engage aussi dans la lutte contre la désinformation avec l’initiative « C’est vrai ça ? » sur LinkedIn.
Une façon de plus de promouvoir l’esprit critique et l’apprentissage continu, essentiels dans notre monde où tout va vite !
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