Manager de transition : la voie royale pour les seniors de l’IT, avec Franck Ronciaux

Manager de transition : la voie royale pour les seniors de l’IT, avec Franck Ronciaux

Quitter le salariat après vingt-cinq ans de carrière pour se lancer à son compte, c’est déjà un cap. Le faire à l’aube de la cinquantaine, dans un métier aussi exigeant que l’informatique, c’est une autre histoire.

Celle de Franck Ronciaux, manager de transition IT, illustre à merveille une voie de reconversion méconnue, mais taillée pour les indépendants expérimentés.

Une carrière d’évolution dans l’informatique

Franck a suivi un parcours “classique”, comme il le dit lui-même : bac éco, BTS Informatique de gestion, puis spécialisation réseaux.

Vingt-cinq années de salariat plus tard, dont seize passées dans l’industrie, il a gravi les échelons un à un, en continuant à se former.

“En IT, tu es toujours en train d’apprendre. Soit tu implémentes une nouvelle solution, soit tu dois te réadapter parce que celle d’avant a déjà évolué…”

Parmi les certifications qu’il a obtenues, le Lean Six Sigma Black Belt, plus haut degré de cette formation exigeante obtenue après un cursus de 3 semaines, reste un repère fort.

“Le Lean devrait faire partie de tous les cursus d’enseignement supérieur. C’est une méthode de gestion et d’organisation du travail que j’applique au quotidien, pour améliorer les performances tout en optimisant qualité et rentabilité.”

Dans la tech, il le souligne : les formations sont rarement du vent. Un milieu où l’apprentissage est concret, orienté résultats – une école de rigueur avant tout.

Les entreprises et l’IT : internaliser, externaliser ?

Avec trente ans d’expérience dans des contextes aussi variés que l’industrie, le retail et les startups, Franck a observé de près les évolutions du rapport entre entreprises et informatique.

“Le plus marquant, c’est que les organisations considèrent encore trop souvent l’IT comme un centre de coût, un mal nécessaire. Alors qu’aujourd’hui, avec une vraie gouvernance, l’informatique est un partenaire stratégique pour créer de la valeur.”

Même si cette vision progresse, le réflexe “l’IT coûte trop cher” reste profondément ancré.

Et cela explique en partie la course à l’externalisation.

“Dans les années 90, les services informatiques étaient internes, souvent composés de gens issus des bureaux d’études, et ayant une appétence pour la micro-informatique naissante. Ma génération a été la première formée spécifiquement à l’informatique. À partir des années 2000, cela a parfois créé un choc des cultures.”

Les grandes entreprises ont alors externalisé les fonctions “niveau 1ˮ – techniciens support – pour conserver leurs experts internes.

Mais la tendance s’est vite inversée : les techniques évoluaient trop vite, et former des spécialistes en interne coûtait et coute toujours très cher.

“Aujourd’hui, c’est plus rentable de faire appel à plusieurs experts spécialisés. À moins d’avoir un gros budget pour garder quelques têtes d’affiche en interne, la plupart des entreprises sous-traitent. Les profils très spécialisés, quant à eux, trouvent facilement de meilleures opportunités à l’extérieur !”

L’envie d’indépendance à l’aube de la cinquantaine

Après vingt-cinq ans de carrière, le tournant s’est présenté un peu par hasard.

“Une envie d’indépendance, les opportunités de la vie et le soutien de mes proches m’ont permis de me lancer à l’aube de la cinquantaine.”

À l’époque, Franck travaille dans une startup finance portée par un grand groupe français. Quand le groupe décide d’arrêter le projet, on lui propose un poste dans la filiale informatique. Il refuse.

Deux ans de chômage, le temps de monter sa boîte en parallèle, Methodic IT.

Le 16 janvier 2020, il obtient son Kbis. Deux semaines plus tard… confinement national.

“L’occasion a fait le larron.”

Pas de panique, juste la certitude que c’est le bon moment. En Angleterre, le management de transition est déjà une pratique courante.

En France, le marché connaît une vraie dynamique de croissance !

Manager de transition, l’adaptation extrême

Dans son rôle actuel, Franck définit simplement sa mission :

“Prendre en charge, de façon temporaire, un service informatique pour accompagner l’entreprise dans une période de changement stratégique, organisationnel ou opérationnel.”

La majorité de ses missions consistent à remplacer un responsable de service absent ou parti; le temps de restructurer, recruter, et assurer la transition.

“La qualité première d’un manager de transition, c’est l’adaptabilité. C’est évident que la diversité des secteurs dans lesquels j’ai travaillé m’aide à comprendre rapidement les enjeux d’une nouvelle mission.”

Ses missions durent entre 4 et 8 mois en moyenne, parfois jusqu’à 16.

“Une mission récurrente dans la même boîte ? Jamais. Si tu reviens, c’est que t’as pas bien fait ton job.”

Un métier pour ceux qui ont de la bouteille

“Avoir une vision à 360° du système d’information, c’est pouvoir diagnostiquer rapidement ce qui ne va pas, corriger les dysfonctionnements et réduire les surcoûts.”

Au-delà de la technique, ce métier repose sur des compétences humaines clés : fédérer une équipe, lancer un plan d’action agile, prendre des décisions structurantes dans des délais très courts…

“Rare sont ceux qui ont moins de 50 ans. T’es pas manager de transition à 25 ans. Il faut beaucoup, beaucoup d’expérience.”

En 2024, l’âge moyen des managers de transition était de 56 ans, et une expérience moyenne de 6,7 ans !

Des missions larges et compliquées

Une mission marquante pour Franck : il y remplace un responsable SI démissionnaire… et découvre dès le premier jour que l’administrateur systèmes et réseaux est en arrêt maladie depuis la veille.

“Vestiges technologiques à tous les étages, une direction consciente qu’il fallait remettre à niveau. J’ai lancé et suivi tous les projets de refonte du SI, ce qui explique la durée de la mission.”

Chaque mission apporte son lot d’imprévus humains.

« Souvent, tu arrives après une démission, un conflit, une maladie. Il y a un aspect humain à gérer. Les équipes peuvent te voir comme un méchant, tu n’es pas toujours bien accueilli – mais en général cela ne dure pas.”

Des équipes fatiguées, des tensions, parfois même des histoires familiales dans le capital de la boîte… On voit de tout.

Aujourdʼhui Franck vient de terminer une mission dans un groupe français de l’industrie lourde, avec quatre objectifs :

  • assurer le transfert de connaissances entre le partant et lʼéquipe,
  • aider à recruter un remplaçant,
  • réaliser un audit complet de l’infrastructure,
  • accompagner la structure sur la partie budgétaire.

“Un manager de transition peut même faire office, en période budgétaire, d’apprenti contrôleur de gestion : le nez dans les comptes, les Excel, les budgets.”

Trouver des clients en tant que manager de transition

Les clients de Franck viennent de cabinets de management ou de son propre réseau personnel : anciens collègues, contacts, bouche-à-oreille.

Avec 8 missions au compteur, il est aujourd’hui considéré comme un manager de transition expérimenté.

Liberté, rémunération, rythme : les avantages sont similaires à ceux du freelancing.

Mais la contrepartie, c’est l’intensité.

“Un manager de transition arrive toujours dans un contexte difficile, voire de crise. En même temps, si tout va bien, l’entreprise n’a pas besoin de toi.”

Ce que le métier lui a appris, plus que tout, c’est le détachement.

“Tu arrives sans historique, sans affect. Tu sais que tu ne vas pas y passer ta vie. Ta liberté d’action est donc considérable.”

Un marché en plein essor

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : +16 % de croissance par an pour les cabinets de management de transition entre 2016 et 2023.

“C’est un métier qui commence à être de plus en plus connu, et qui apporte des résultats tangibles. Mais c’est aussi le symptôme d’un grand mal français : il y a beaucoup de pépites industrielles fragilisées par des décisions managériales inadaptées.”

Et pour ceux qui doutent, 40 % des managers de transition se voient proposer un CDI à la fin de leur mission.

Sur huit missions, Franck s’est vu proposer un CDI à deux reprises !

L’IA ? Pas vraiment une menace

“Non, l’IA ne changera pas mon métier.”

95 % des projets IA en entreprise échouent, rappelle-t-il, citant une étude du Blog du Modérateur.

De plus, la notion de WorkSlop commence à émerger en entreprise. La bulle de l’IA serait-elle en train d’éclater ?

Et il adore cette phrase :

“On nous a promis que l’IA allait nous dégager du temps pour lire des livres au lieu de passer l’aspirateur. Résultat, on passe toujours l’aspirateur et l’IA résume les livres.”

Dans tous les cas, les problématiques du manager de transition sont humaines. L’IA ne remplacera pas ça.

La suite ?

Pour l’instant, Franck continue son chemin en indépendant.

“Ce n’est pas dit que je ne retournerai pas dans le salariat. On n’est pas à l’abri d’une belle histoire.”

Mais une chose est sûre : cette liberté, il la savoure.

Et si le management de transition IT n’est pas une voie pour tous les freelances, c’est peut-être la plus belle pour ceux qui ont déjà tout vécu, tout réparé, et encore envie d’apprendre.

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