Être freelance, c’est déjà faire des choix : ses clients, ses projets, ses outils, son rythme.
Mais est-ce qu’on peut aussi choisir son impact ?
Beaucoup pensent que dans certains domaines, parler d’écologie relève presque du paradoxe.
Pourtant, pour Chloé Roussel, la question n’est pas de savoir si c’est compatible. La vraie question, c’est : comment on le fait ?
Depuis 5 ans à son compte, elle explore justement cette voie : intégrer des pratiques plus responsables dans son métier – sans moraliser, sans exclure, et sans attendre d’être parfait !
Un besoin d’alignement
Chloé est freelance depuis 5 ans et s’y consacre à temps plein depuis 1 an.
Son parcours commence dans les études d’art. Depuis petite, le visuel la suit. Elle se spécialise naturellement en graphisme, illustration et communication.
Mais une prise de conscience la rattrape : elle découvre que la publicité, telle qu’elle est pratiquée, repose largement sur la production de masse.
Or Chloé a grandi dans un milieu familial très écolo. Elle se rend compte qu’elle aime créer, mais pas en écrabouillant ses valeurs.
Alors elle monte son activité. Et une nouvelle question apparaît :
Comment intégrer l’écologie dans mon activité ?
On ne l’apprend pas à l’école…
C’est justement pour ça qu’aujourd’hui, elle sensibilise sur les réseaux pour créer des prises de conscience.
Faut-il ne travailler qu’avec des entreprises engagées ?
Au départ, Chloé ciblait uniquement des entreprises engagées.
Puis elle s’est heurtée à une réalité très française : l’épidémie du syndrome de l’imposteur.
Des entreprises textiles qui fabriquent en France, par exemple, refusent de se dire écoresponsables parce qu’elles ne sont “pas parfaites”. Comme si l’engagement était un gros mot. Comme si ça se méritait. (Contrairement aux grosses enseignes qui font du greenwashing)
“Ils ne se rendent pas compte que ce qu’ils font est déjà énorme.”
Résultat : si on ne vise que celles qui se revendiquent engagées, on rétrécit drastiquement le champ des possibles.
Et surtout, on reste dans l’entre-soi. Parler et travailler avec ceux qui ne sont pas encore au point sur la question, c’est peut-être là que l’impact est le plus fort ! Et cela permet d’inspirer les autres : un véritable cercle vertueux.
Communication et impact : vraiment incompatibles ?
Beaucoup pensent que communication = capitalisme.
Chloé n’est pas d’accord. Elle rappelle que communiquer, à l’origine, c’est transmettre une information à une audience choisie.
Toutes les campagnes de sensibilisation par exemple, sont de la communication.
Elle rejoint d’ailleurs la vision de Pierre Guilbaud, qui défend l’idée que le marketing peut influencer positivement la société :
“On a tout à gagner en poussant les gens à se procurer un iPhone sur Backmarket plutôt qu’Apple, ou en rendant cool et attrayantes les alternatives écologiques à l’avion.”
La communication est un outil, tout dépend de ce qu’on en fait. Comme chaque métier !
“À mon échelle ça ne sert à rien” : le mythe qui bloque les freelances
Pourquoi tant de freelances pensent-ils ne pas avoir un métier à impact ?
Selon Chloé, c’est surtout un manque d’information, et un énorme cliché : “à mon échelle, ça ne change rien”.
Elle aime partager la légende native-américaine du petit colibri, beaucoup racontée par l’écologiste français, Pierre Rabhi.
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre.
Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu.
Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? »
« Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.»
Chaque micro-action a des conséquences.
Accepter de ne pas être parfait
La pression de la perfection, en revanche, est bien réelle, la légitimité est un cap difficile à passer – même pour Chloé !
Son conseil : se détacher du regard des autres et faire l’acte pour ce qu’il produit, pas pour l’image qu’il renvoie.
3 premières actions concrètes pour rendre son activité plus responsable
Pas besoin de révolutionner son business du jour au lendemain, Chloé parle plutôt de micro-habitudes. Il y a pleins de gestes à adopter au quotidien qui changent la donne.
En voici déjà 3 :
Structurer ses documents internes
Ça paraît anodin. Mais par exemple : décider qu’un document sera systématiquement envoyé en version numérique plutôt qu’imprimé. Paramétrer son imprimante par défaut en noir et blanc. Réduire le niveau d’encre. Centraliser ses documents pour éviter les doublons inutiles…
Comptabilité, briefs clients, devis, process internes… tout est concerné.
Optimiser ses fichiers numériques
C’est le point le plus traître car contrairement au papier, on ne voit pas le gaspillage numérique. Voici quelques bonnes pratiques :
- Compression des images
- Vidéo adaptée à l’usage réel
- PDF allégés
Sur les réseaux, la différence de qualité est souvent imperceptible… mais la différence énergétique, elle, est réelle : alors la haute def’, ça se réfléchit !
Activer le dark mode (et revoir ses habitudes digitales)
Le dark mode protège les yeux, mais surtout…éteint des LED. Moins de lumière = moins d’énergie.
Au-delà de ça :
- Vider régulièrement ses boîtes mail et corbeilles
- Choisir ses outils avec conscience
- Mettre en place des process plus sobres
Et l’IA dans tout ça ?
Oui, Chloé utilise l’IA.
“Tout va très vite, on a à peine le temps de penser qu’on est en retard.”
Elle l’utilise pour gagner du temps – afin de se concentrer sur son cœur de métier, qu’elle considère à impact positif.
Mais avec des règles :
- L’utiliser uniquement si c’est un vrai gain de temps
- Éviter les trends inutiles
- Rédiger des prompts très détaillés pour limiter les requêtes
- Choisir ses outils avec conscience (préférer ce qui est local, activer le slow mode…)
L’IA ne rend pas l’engagement inutile, elle peut au contraire libérer du temps pour des actions concrètes.
Une pédagogie douce, mais un impact bien réel
Aujourd’hui, la plupart des clients de Chloé Roussel viennent justement pour son positionnement responsable. Mais certains arrivent presque en s’excusant.
“On n’est pas encore au point…” “On aimerait faire mieux, mais…”
Chloé ne ferme la porte à personne, au contraire. Elle parle de pédagogie douce.
Un client qui ne venait absolument pas pour ça a fini par avoir un déclic. Simplement parce qu’elle a intégré, dans la mission, quelques ajustements, quelques discussions, quelques réflexions.
C’est ça, son approche : ne pas faire de l’écologie un filtre d’exclusion, mais un levier d’évolution.
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