En freelance, le congé maternité ressemble rarement à une parenthèse sereine. Entre la peur de perdre ses clients, l’angoisse financière et la charge mentale de tout anticiper seule, beaucoup de femmes finissent par écourter – voire zapper – ce temps pourtant essentiel.
C’est de ce constat qu’est née Femmes Clés, une solution de remplacement de congé maternité entre freelances, fondée par Chloé Egger, conceptrice-rédactrice indépendante.
Une alternative basée sur la sororité professionnelle, pensée pour permettre aux femmes de passer le relais… sans mettre leur activité en péril !
Sommaire
- 1 De la pub au freelancing : un parcours guidé par la quête de sens
- 2 Congé maternité et freelancing : le vrai point de rupture
- 3 Pourquoi le congé maternité reste un casse-tête pour les indépendantes
- 4 Femmes Clés : comment ça fonctionne concrètement ?
- 5 La sororité professionnelle comme levier d’autonomie économique
- 6 Et après ?
De la pub au freelancing : un parcours guidé par la quête de sens
Chloé Egger, 38 ans, a passé une dizaine d’années en agence de publicité en tant que conceptrice-rédactrice. Après le Covid, un bilan de compétences agit comme un révélateur. La perte de sens est là, bien installée.
Elle se lance alors en freelance, il y a quatre ans.
Mais pour Chloé, cette transition n’est pas une finalité.
“Je savais que ce n’était pas la fin du voyage. J’avais envie de construire quelque chose.”
Ce “quelque chose” prendra forme quelques années plus tard, au croisement de son expérience, de ses valeurs féministes et d’un problème encore largement sous-estimé dans le monde de l’indépendance.
Congé maternité et freelancing : le vrai point de rupture
La question du congé maternité freelance devient centrale pour Chloé à partir d’un chiffre glaçant :
72 % des indépendantes reprennent leur activité avant la fin de leur congé maternité. 34 %… dès la première semaine après l’accouchement.
Le véritable déclic arrive de manière très concrète. Un jour, dans son espace de coworking, une consœur lui propose spontanément de prendre le relais auprès de ses clients pendant son congé maternité.
Résultat :
- une freelance peut se reposer sereinement,
- une autre peut travailler sans prospecter pendant trois mois,
- et les clientes sont ravies.
“On n’arrêtait pas de se remercier mutuellement. C’était gagnant-gagnant pour tout le monde.”
C’est là que l’évidence s’impose : il existe très peu – voire pas – de solutions structurées de remplacement de congé maternité pour les freelances.
Et surtout, ce type de solution peut changer la donne.
Pourquoi le congé maternité reste un casse-tête pour les indépendantes
Si des aides existent bel et bien pour les femmes enceintes indépendantes, elles restent souvent insuffisantes pour lever les freins. Le congé maternité est calculé en fonction du chiffre d’affaires et de l’ancienneté, mais il ne couvre pas toujours la réalité économique des freelances.
Pour creuser ce sujet, Chloé recommande d’ailleurs le travail de Solène Pignet Akdağ, spécialiste de la préparation business à la grossesse chez les entrepreneuses.
Dans les faits, les peurs reviennent toujours :
- la crainte de perdre ses clients, surtout quand l’activité repose sur des missions récurrentes,
- la peur du manque d’argent,
- la culpabilité de s’arrêter, dans un système qui valorise la disponibilité permanente.
Certaines femmes vont même jusqu’à cacher leur grossesse à leurs clients, de peur de fragiliser la relation.
Avec Femmes Clés, l’objectif est justement de reprendre le pouvoir sur ce moment clé : annoncer son congé tôt, en arrivant avec une solution déjà pensée, pour rassurer toutes les parties.
Et, au passage, contribuer à “dé-tabouiser” le congé maternité chez les freelances, en le posant enfin comme un sujet professionnel à part entière, et non comme une “parenthèse gênante” à cacher.
Femmes Clés : comment ça fonctionne concrètement ?
Femmes Clés s’adresse aux freelances enceintes, en projet bébé ou simplement en réflexion, qui veulent anticiper leur congé maternité sans sacrifier leur activité.
Le process est structuré, mais reste profondément humain :
- Pour chaque demande, Chloé sélectionne trois profils de freelances remplaçantes. Les profils sont disponibles directement dans sa base de données par les inscriptions organiques. S’il n’y a pas de profils correspondant à la demande de sa cliente, Chloé ira les chasser.
- Ces profils sont présentés par écrit.
- La cliente choisit deux profils pour des entretiens de matchmaking.
- Une freelance est retenue pour assurer le remplacement.
En amont, Chloé échange personnellement avec chaque freelance lors d’un entretien d’une trentaine de minutes. Un premier filtre essentiel, complété par la signature d’une charte Femmes Clés, pour s’assurer d’un cadre de confiance et de valeurs partagées.
Les remplaçantes sont encore aujourd’hui des “early adopters” : donc sensibles à la sororité et à l’entraide entre femmes indépendantes.
Concernant la passation, Chloé conseille d’onboarder la remplaçante le plus tôt possible. Ensuite, chaque cliente choisit le niveau d’implication et de suivi qui lui convient pendant son congé.
Et ça marche pour tous les métiers ?
Beaucoup de freelances s’interrogent :
“Mon métier est trop incarné, je ne pourrais pas être remplacée !”
La bonne nouvelle, c’est que Femmes Clés fonctionne aussi pour des profils très personnalisés.
- Copywriting, coaching, rédaction : le travail consiste souvent à adopter plusieurs tonalités et à s’adapter au style du client. Le remplacement est donc parfaitement possible.
- Métiers plus visuels ou artistiques : pour une illustratrice avec un style très personnel, c’est plus complexe, mais pas impossible. Certains clients sont même ouverts à de nouvelles approches, curieux de tester d’autres styles ou façons de travailler.
- Le principe clé : il ne s’agit pas de copier parfaitement, mais de préserver la relation avec le client et la continuité du service. Et souvent, ça fonctionne mieux qu’on ne l’imagine !
La sororité professionnelle comme levier d’autonomie économique
Femmes Clés n’est pas un simple service de mise en relation. C’est un projet profondément politique.
Pourquoi un dispositif réservé aux femmes ? Pourquoi ne pas proposer des hommes remplaçants ?
- Premièrement, les hommes ont détourné le regard sur ce sujet. Ils ne se sentent par particulièrement concernés.
- Ils disposent déjà de mille et une façons d’accéder aux missions, là où les femmes doivent encore composer avec plus d’obstacles.
- Les femmes freelances font face à davantage de fragilités économiques, et sont plus exposées au syndrome de l’imposteur.
- La collaboration entre femmes crée un climat de confiance différent, plus horizontal, plus sécurisant.
- Ces collaborations permettent aussi de déconstruire un mythe tenace : celui de la rivalité féminine. D’ailleurs elles se prolongent souvent bien au-delà du congé maternité.
C’est aussi une réponse indirecte à l’isolement des freelances. Là où le networking a longtemps été masculin, Femmes Clés ouvre la voie à une communauté engagée de femmes indépendantes.
Pour Chloé, se battre pour l’indépendance des femmes est essentiel : le freelancing permet d’échapper aux inégalités salariales du salariat, à condition de lever les freins structurels… dont le congé maternité fait partie.
Soutenir l’autonomie financière des femmes, c’est agir directement en faveur de l’égalité.
Et après ?
À terme, Chloé souhaite ouvrir Femmes Clés à un maximum de métiers, et s’appuyer sur une communauté forte de femmes freelances engagées.
Les retours qu’elle reçoit aujourd’hui – de femmes qui auraient aimé que Femmes Clés existe plus tôt – la confortent dans cette intuition : le besoin est là. Urgent. Structurel.
Parce qu’aucune femme ne devrait avoir à choisir entre son congé maternité et son activité.
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